Punk et féminisme : le Riot Grrrl

par | Juin 10, 2026 | Découverte | 0 commentaires

Bonjour à tous·tes !

Pour l’article de cette semaine, j’ai décidé de me replonger dans des musiques qui ont marqué mon adolescence. En bref, j’étais, comme la plupart des adolescent·e·s, en colère contre ce qui m’entourait (notamment avec une prise de conscience croissante des inégalités systémiques qui façonnent notre société) et en quête d’identité. Quand j’y repense, j’ai rapidement été attiré par des sonorités plus brutes et moins polies, bien éloignées de ce que la plupart de mon entourage écoutait à l’époque. C’est dans ce contexte, dans une période où j’avais besoin d’extérioriser toute cette énergie, que j’ai découvert la scène punk. Celle-ci m’a rapidement parlé au-delà du style musical par sa posture de contestation politique et son refus de s’aligner avec les normes établies. Ainsi, c’est en explorant cet univers au fil de mes écoutes que j’ai découvert le mouvement Riot Grrrl, une forme d’expression de la colère féministe sur laquelle j’ai décidé de revenir plus en détail dans cet article.

 

GENÈSE D’UNE CONTESTATION

L’appellation Riot Grrrl renvoie à divers groupes de punk qui se sont, dans un premier temps, formé à Olympia à la fin des années 80’ et majoritairement composés de femmes (Sfez, 2023). Plus généralement, il s’agit d’un mouvement underground ancré dans l’esprit DIY (Ostberg, 2026). Apparu dans le contexte de la troisième vague féministe, ce mouvement s’articule dans une posture contre les structures capitalistes et patriarcales qui organisaient la société américaine de cette époque (Wright, 2016, p.53). Cependant, il reste difficile d’en établir une chronologie exacte (Bryone, 2024), mais certains éléments ont le mérite d’être notés.

Dans le courant des 70’, le punk émerge sur la scène musicale, permettant de mettre en lumière la voix critique de certains secteurs marginalisés de la société (Bryone, 2024). Dans les 90’, celle-ci commence à glisser progressivement vers un espace qui se voit devenir davantage approprié par les hommes blancs cisgenres (Bryone, 2024). Par conséquent, il y a une marginalisation des femmes de plus en plus présente (Ostberg, 2026). C’est dans ce contexte, qu’à la fin des 80’, divers groupes de discussion sont organisés pour aborder la question des violences sexistes dans la scène punk, mais aussi des violences de genre plus quotidiennes (Bryone, 2024).  Dès lors, la musique devient une forme d’expression et d’action politique parmi d’autres de ce mouvement (Sfez, 2023). Divers groupes emblématique voient le jour comme Bikini kill, Bratmobile, Sleater-kinny ou encore Babes in Toyland (Bryone, 2024). Les concerts des groupes Riot Grrrls deviennent également des lieux de dialogue politique à part entière, où les participant·e·s sont invité·e·s à faire part de leur expérience (Wright, 2016, p. 54).

 

UNE RÉVOLUTION FÉMINISTE ?

Pour la petite histoire, la terminologie Riot Grrrl découle de la combinaison de riot signifiant émeute, et girl signifiant fille (Bryone, 2024). L’orthographe de grrrl traduit une volonté de réappropriation du discours dominant sur les femmes tout en symbolisant une expression de colère (Wright, 2016, p.53).

Comme je l’ai mentionné précédemment, la musique ne constituait qu’une des formes d’action de ce mouvement et celui-ci ne s’appuyait pas sur les vecteurs médiatiques « traditionnels » (Bryone, 2024). Le moyen primaire de diffusion des idées était les Zines, qui étaient des brochures politiques faites maisons (Ostberg, 2026). Elles permettaient de discuter de sujets tabous comme l’avortement, la sexualité et le racisme en y replaçant l’expérience des femmes au centre du discours (Wright, 2016, p.54-55). C’est une série de thématiques que l’on retrouve dans les chansons des Riot Grrrl. Comme le souligne Louisa Bryone (2024), cette démarche a permis de donner un espace d’expression à des personnes marginalisées, de briser des tabous de société et de s’organiser collectivement sur le plan politique (Bryone, 2024). Plus généralement, ce mouvement a été réceptionné de manière assez hostile par la société (Ostberg, 2026) : attaques contre des millitant·e·s (Bryone, 2024), une réception médiatique qui passait à la fois sous silence la portée politique des revendications (Bryone, 2024) et qui réduisait la démarche contestataire à l’idée d’une haine des hommes (Ostberg, 2026).

Il s’agit d’un mouvement qui a permis d’offrir un espace d’expression radicale pour les femmes, mais qui a été également au centre de diverses tensions et ambiguïtés (Bryone, 2024). Diverses critiques pointaient du doigt le fait qu’il était centré sur la blanchité (car majoritairement composé de femmes blanches) en y intégrant relativement peu une perspective intersectionnelle, la cisidentité et l’hétéronormativité (Ostberg, 2026). Aujourd’hui, le mouvement reprend en force avec la constitution de nouveaux groupes comme Le Tigre ou encore Sista Grrrl Riots, un collectif qui a permis de ramener les perspectives intersectionnelles en mettant au centre de sa démarche les groupes punk de femmes noires (Bryone, 2024).

 

BIBLIOGRAPHIE

Bryone, Louisa (2024, 3 juin). L’esprit de révolte riot grrrl : plus que jamais nécessaire !. Magazine axelle. https://www.axellemag.be/esprit-de-revolte-riot-grrrl-necessaire/

Ostberg, René (2026, 13 mars). Riot Grrrl Movement. Encyclopedia Britannica. https://www.britannica.com/art/Riot-Grrrl-Movement

Sfez, Zoé (2023, 4 juin). Riot Grrrl : de l’émeute, du rock et du féminisme. Radio France. https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/la-serie-musicale/riot-grrrl-de-l-emeute-du-rock-et-du-feminisme-2819032

Wright, Lindsay (2016). Do-it-yourself girl power: An examination of the Riot Grrrl subculture. James Madison Undergraduate Research Journal, 3(1), p. 52-56.

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